L’expérience du monde

Ils ont tellement l’air de souffrir. Moroses.

Le regard vide et les cernes si creusées qu’on dirait deux valises qui ne voyageront jamais. Les uns sur les autres, on s’évite. Seuls.

Nombreux s’alcoolisent, fument, essayent de s’échapper. Ils traînent leurs blessures, leur mal-être, leur trop d’humanité aux relents de bière et de sueur. Dénaturés.

Je me balade là, parmi eux, les autres. Et je me retrouve plongé dans ma propre étrangeté. Pas si certain d’être différent. Pas si sûr d’être semblable. Je contemple comme une scène depuis les gradins, eux-mêmes contemplés depuis la scène. Mélange.

Qui est le plus fou ? Probablement ceux qui se croient ou se font croire être hors de la misère qui nous délie. Adaptés.

« Ce n’est pas un signe de bonne santé mentale que d’être adapté à une société malade », Jiddu Krishnamurti

Toute liberté commence par refuser. Cesser de chercher à l’extérieur notre salut ou notre perte. Voyager en soi et se sentir partout chez soi avec les autres et l’univers. S’ouvrir.

Drôle de rêve

Je vivais en France et c’était une démocratie. Google ne voulait pas payer ses impôts, alors Gouvernement lui faisait un procés. Mais Google avec son armada de juristes ne s’en inquiétait guère, ils connaissaient bien les combines pour enfumer tout le monde. Alors Gouvernement a tapé du point sur la table : « Google si tu ne payes pas tes impôts on ferme tes accès en France ! ». Alors Google a rigolé « et comment tu vas gagner les prochaines élections si tu enlèves mes services à tes électeurs ? »
« Je vais leur demander ! » et Gouvernemet organisa un référendum : « voulez-vous oui ou non fermer Google tant qu’il n’a pas payé ses impôts ? » avec une annexes expliquant intelligemment la situation.
Les citoyens ont vite compris que si Google payait ses impôts, le trou de la sécu serait comblé, on pourrait payer plus de profs, de crèches et tous ces services chichement mis en place par le Conseil de la résistance. Alors toutes les grosses boites ont commencé à trembler. C’était un chouette rêve.

Il avait déjà les yeux délavés

Il est 8h et vous êtes là dans le tramway, inconnu parmi tous ces inconnus, tellement différents, tellement semblables. Vous êtes là avec vos sens, votre vie, vos états d’âme… m’dites pas que vous n’êtes pas un peu curieux. On regarde, on écoute, on est saisi par une odeur. On s’aime bien avant tout. On peut être con, et se laisser avoir par les conneries qu’on se bourre dans la tronche, mais avant tout on s’aime bien. Vous avez jamais envie de leur dire combien vous les aimez tous ces inconnus ? Plongés dans leur portable, leurs pensées… en fait aussi mal à l’aise que nous. Bon dieu que ça pourrait être simple… de se dire qu’on s’aime. L’autre jour, y a ce type aux cheveux blonds un peu sales, avec son allure de jeune clochard… celui qui est toujours à coté. Il est entré, il s’est assis en face, mais légèrement décalé d’une jeune chinoise. Elle ne parlait pas français alors il a dit « I’m a good man. But i’m not sure. » Il l’a répété avec son sourire d’enfant qu’on vient de gronder.

Grrr

​Oh vide abyssal des abîmes automnales. Déchu des paradis idylliques. Je riais, je courais insouciant de cette incroyable banalité. Mais aujourd’hui le souffle de la vie s’étiole en râles rauques et filets jaunâtres.
Solitude accablante, infestée du tréfonds des entrailles. Petite perfide, intruse étrangeté qui s’immisce au cœur des interstices, rongeant mes roses alvéoles. Il me fallait rester loin des bêtes qui crachaient gueule ouverte, leurs germes funéraires. Égoïste altruisme. Ma voix me quitte maintenant, laissant seulement trainer quelques raclements médiocre qui arrache mes dernières douleurs. Faible animal, mortel parmi les mortels. Rage que je suis las de ma couche, des obscurs breuvages de sorcière au goût amer. Je repense au soleil, à la joie et à la vie mais je n’entends au dehors que le souffle du vent du nord arrachant aux arbres leurs dernières feuilles mortes. Elles tombent sur le sol comme les petits mouchoirs que je sème.
Bref je suis un mec et j’ai un gros rhume…

Un vendredi soir

Il faisait doux ce soir là, exceptionnellement doux pour un vendredi 14 novembre. Mika n’a pas manqué de mettre ça sur le dos du réchauffement climatique. Dans 15 jours ce serait le début de la COP21… « une vaste blague » pouffa Charlotte. Chaque jour nous voyions nos droits se restreindre, chaque jour nous rêvions de renverser la vapeur. Nous étions gouvernés par une bande de banquiers à la recherche de nouveaux profits.

Il faisait doux alors on s’installa cette terrasse de café dans le XIème arrondissement.

« … tu crois vraiment que leur surveillance c’est pour lutter contre le terrorisme ? On ne sait plus qui gouverne. Le terrorisme c’est du pain béni pour les états, un moyen génial pour réduire les libertés, faire passer des lois d’austérité et ouvrir de nouveaux marchés aux banquiers… » BAM BAM BAM ! Comme des pétards au 14 juillet. Les balles ont déchiré nos mots, nos jeunesses…

« Il dort dans le soleil, la main sur sa poitrine. Tranquille. Il a deux trous rouges au côté droit. »

Ca va signer !

  • ​Qu’est ce qu’on a mon p’ti Roman ?
  • C’est une tuerie inspecteur, une vraie boucherie ! 1000 signes abattus.
  • Mon dieu ! Avec les plumes et tout le tralala ?
  • Non inspecteur ! Plutôt des caractères, des lettres, des espaces, des tirets, des nombres…
  • Bon ca va on a compris mon p’ti Roman. Où se trouve la scène du crime ?
  • C’est juste là inspecteur, encore un site web.
  • Pourquoi 1000 signes précisément ? L’auteur des faits est un malade, il ne va pas s’arrêter là. Ca sent l’égo démesuré. Mon instinct de flic me dit que ce n’est que le début d’une longue série. L’agencement des victimes montrent qu’il débute, qu’il est encore hésitant… c’est un amateur mon p’ti Roman !
  • Inspecteur ça me fait penser à ce concours lancé il y a quelques semaines par Radio France ! « Testez vos talents d’écrivain en proposant un récit de 1000 signes, blablabla. ». Ils appellent ça la micro nouvelle !
  • Mouais… Ca se tient mon p’ti Roman.
  • Qu’est-ce qu’on fait inspecteur ?
  • Rien… on attend et on lit.